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Juste entre nous…

Posté par GestionEthik on février 11, 2014

J’assistais la semaine dernière à une formation en conformité offerte par un grand réseau de distribution. Nous étions une bonne centaine de conseillers présents en cet après-midi pluvieux d’automne, et vous devinez aisément que nous rêvions tous d’être ailleurs, à mille lieues…

Toutefois, durant la présentation, une citation m’a interpellé et s’est incrustée dans mon esprit. L’avocate qui donnait le cours a souligné avec conviction : « Savez-vous que vous êtes les professionnels les plus réglementés au monde! Plus réglementés qu’un médecin écrivant une prescription à son patient, plus encadrés qu’un avocat rédigeant une mise en demeure pour son client ». Elle-même avocate, je présumais alors qu’elle était pleinement consciente de ses dires.

Sur le même thème, quelques jours auparavant, la Chambre de la sécurité financière (CSF) publiait un communiqué signalant que, sur ses 32 000 « membres »*, une cinquantaine seulement avaient été radiés en 2009. Cette statistique remarquable confirmait que seulement 0,2 % d’entre nous étaient fautifs. Données de loin meilleures à celles de la très grande majorité des professions libérales.

Des mots pour la Chambre

Sur une meilleure note, je tiens tout de même à féliciter la Chambre d’avoir enfin commencé à diffuser systématiquement les données sur ses radiations. Aussi, je trouve sa plus récente campagne médiatique, axée enfin sur la compétence de ses « membres »*, réussie. C’est un pas dans la bonne direction! Espérons-le, nous qui sommes ses principaux bailleurs de fonds (ses assujettis). Ce qui devrait nous donner, en situation normale, un minimum de respect et de considération de celle-ci.

* (Permettez-moi ici une petite précision : la différence entre un membre et un assujetti repose sur le fait que le premier peut adhérer volontaire à un organisme ou une entité, tandis qu’un assujetti est un cotisant obligatoire et sans pouvoir envers l’organisme. Donc, je vous informe que nous sommes plutôt des « assujettis », et non des membres de la Chambre. Fin de la parenthèse).

Les conseillers à l’origine du FISF

Chose identique à propos du fameux FISF (Fonds d’indemnisation des services financiers). Nous sommes les seuls et uniques pourvoyeurs de ce fonds. Nous en sommes même les instigateurs, et ce, bien avant la création de l’AMF. Nous avions même décidé, jadis, que ce fonds avait pour motif sincère d’offrir un dédommagement aux victimes de conseillers ayant fait des manœuvres dolosives ou des malversations envers eux. Au même moment, comme si ce n’était pas suffisant, la prestigieuse revue Protégez-vous affirmait haut et fort – et avec un brin d’enthousiasme – que la moitié des conseillers québécois étaient des incompétents!!!

Qui défend les conseillers?

Mais dans tout ce brouhaha, qui est venu prendre position et défendre notre réputation? Autre question intéressante, n’est-ce pas? Personne. Pas même une grande institution financière s’est levée, et qui, pourtant, emploie plusieurs d’entre vous. De mémoire, seul le RICIFQ (Regroupement indépendant des conseillers de l’industrie financière du Québec) – un organisme bénévole et à but non lucratif – l’a fait!

En 2008, la crise nous a tous frappés de plein fouet. Nous avons également subi en rafale, ces dernières années – et contre notre volonté –, une panoplie de scandales à la « Bre-X, Nortel, Enron, WorldCom, Norbourg, Mount Real, Portus, Norshield, Caisse de dépôt, Earl Jones, Madoff, Morinville… » Dois-je en rajouter? Nous qui sommes aux premières loges, devant nos clients, nous étions seuls pour leur donner de plus amples explications, les écouter et les réconforter.

Le conseiller moins applaudi…

J’aime faire l’analogie entre un comédien ou humoriste de talent et un conseiller émérite. L’humoriste reçoit, à chacune de ses prestations, une ovation souvent bien nourrie et méritée. Ce qui, par la suite, l’énergise, le stimule et le motive à recommencer dès le lendemain. Et après une centaine de prestations, celui-ci peut rêver rapidement de prendre une belle année sabbatique pour se reposer et retourner à l’écriture ou la confection de son prochain spectacle.

Pour le conseiller, contrairement à ce premier, c’est souvent et régulièrement deux ou trois présentations par jour qu’il livre à ses clients. Et à chacune d’elles, il doit se donner à fond, y mettre tout son énergie, sa concentration et son attention. Mais rarement, en retour, il recevra d’ovation ou d’applaudissements. Et pourtant, il refait volontiers avec assiduité ce travail jour après jour, et ce, pendant plusieurs années consécutives avant de pouvoir un tant soit peu ralentir ou se permettre une année sabbatique. Et non seulement il n’espère que très rarement recevoir des fleurs de ses clients, mais, par les temps qui courent, et en raison de toutes les histoires de malversation financière qui existent et qui monopolisent l’actualité, il reçoit bien souvent le pot!

« Me mêler de mes affaires »

En passant, je peux indéniablement bien comprendre et saisir l’ampleur de votre travail, et les nombreux impératifs de notre profession. Depuis près de 20 ans, je n’ai fait aucune autre chose que d’être conseiller. À mes débuts, comme représentant captif, ensuite comme conseiller semi-captif et, enfin, comme conseiller indépendant. J’ai donc, croyez-moi, fait le tour du jardin.

Je suis donc pleinement conscient de vos angoisses, de vos peurs et de vos préoccupations face à votre avenir. Et c’est pour toutes ces raisons, chers collègues conseillers, que j’ai un profond respect pour vous. Nous avons gravi l’Everest tous ensemble ces dernières années, et ce, sans aucun appui ni aucune aide. Acceptez mes plus sincères félicitations!

Au cours des prochaines semaines, je tenterai de me mêler de mes affaires… C’est-à-dire de discuter avec vous de ce qui nous concerne en tant que conseiller. Ce qui a de l’importance à nos yeux : nos enjeux, notre encadrement, notre pratique, notre relève. Aussi, à l’occasion, j’émettrai quelques commentaires sur l’actualité financière et sur ce qui nous touche de près ou de loin, mais sur lequel il serait essentiel qu’on s’attarde, ou qui mérite réflexion.

Dans un prochain texte, je tenterai bien humblement d’énumérer des pistes de solution à cet égard. Il est primordial de rétablir ce climat de confiance si fortement altéré depuis ces dernières années. J’ai bon espoir que nous pouvons y arriver, mais à condition de le faire tous ensemble, pas chacun isolé dans son coin.

Un blogue pour vous

En terminant, j’aimerais vous remercier de m’offrir le privilège de m’exprimer auprès de vous. Finalement, je vous invite d’emblée à intervenir et à participer en grand nombre. Plusieurs défis s’offrent à nous dès maintenant. Puissent nos discussions futures être des plus passionnantes et enjouées. Car, une fois de plus, c’est ensemble – et par nos échanges –, que nous pourrons veiller à la pérennité de notre noble profession.

Respectueusement vôtre,

Léon

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